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Tribune libre

Séjour en Syrie octobre 2018 - 2eme partie

Deuxième partie du compte-rendu du voyage fin octobre 2018 de Pieter Kerstens en Syrie. La première partie du compte-rendu peut être lus sur : Séjour en Syrie fin octobre 2018 – Pieter Kerstens – 1ere partie

Sur les chemins de Damas – 2e partie

En complément à mon article paru le 14/11 dans le précédent numéro, il est important de préciser que nous avons pu visiter un grand nombre d’églises, de monastères, de couvent et autres lieux remarquables, symboles de la présence chrétienne en Orient.

Des lieux multiséculaires, témoins du christianisme

Ainsi à Damas, la maison Notre Dame de Soufanieh. A Mhardeh, ville chrétienne de 23.000 habitants, régulièrement attaquée par les terroristes d’Al-Nostra, nous avons été invités par l’archiprêtre protestant, Maan Bitar et sa famille, en l’église presbytérienne évangélique, cible de tirs d’obus de la part des rebelles de Jaysh al-Izza (rallié à Al Qaïda). Dialogues et échange de points de vue Ensuite, visite de l’église orthodoxe de Mhardeh, comportant de jolies fresques du 13ème siècle. A Maten Al-Shell visite de l’église St-Pierre et St-Paul, de culte Orthodoxe Syriaque d’Antioche, rattachée à l’Eglise de Dams. Le prêtre Ignacio, d’origine portugaise, nous expose la situation du conflit et la détresse de la population. A Safita, visite de l’église et de sa Tour, construite en 1112 par les Croisés. Au Krak (Crac ?) des Chevaliers, que contrôlait l’Ordre des Chevaliers Hospitaliers de Malte, nous avons pu admirer à la fois la majesté des lieux, mais encore ressentir une impression mystique. Notre guide local, lui aussi, nous a instruit des occupations successives des lieux, au cours des siècles et avec forces détails de l’occupation récente par les djihadistes qui ont contribué à de nombreuses destructions des locaux et œuvres d’art destinés au culte à l’intérieur de la forteresse. A Qara, visite du monastère de Mar Yakub et entretien avec le Père Daniel Maes. Ensuite, à Mechtayé, dans le Wadi Al-Nasar vallée où se trouvent 27 villages chrétiens, visite du Monastère de Saint-Georges, l’un des plus anciens au monde, car fondé au VIème siècle par l’Empereur Justinien. Ce monastère masculin appartient à l’Eglise Orthodoxe de patriarche d’Antioche, dont le rite est byzantin et la langue de culte l’arabe. Nombreuses explications et débat avec le frère Théophane, un breton venu s’installer au monastère en 2012, qui nous a fait visiter les divers lieux de culte de cette propriété grandiose. C’est à Maaloula, petit village troglodyte, à 50 kms au nord de Damas situé à 1.300m d’altitude aux creux du djebel Qalamoun, que l’atmosphère de destructions, de haine, de massacres et d’horreurs sera la plus perceptible. Visites guidées de l’antique monastère de Mar Sarkis et de l’église conventuelle de Maaloula, construits tous deux au IVème siècle. Lieux de pèlerinages avec bénédiction par de l’eau d’une source sacrée. Promenade dans les gorges qui conduisent vers le sommet de la montagne où se trouve aussi une grande statue de la Vierge.

L’islam, une religion de paix et d’amour ?

Dans tous les contacts, les entretiens et les débats que nous avons pu avoir avec TOUS les serviteurs de Dieu, il en ressort une constante : leur désir de nous relater dans les détails ce que la population syrienne et essentiellement chrétienne a pu endurer durant ces 8 dernières années. Ces prêtres, ces moines ou ces pasteurs nous ont parlé, chacun avec leur vécu, des atrocités et de la barbarie des terroristes d’Al-Qaïda, d’Al-Nostra, de Daesh et autres groupements takfiristes, wahhabites ou alliés des Frères Musulmans. C’est une constante pour chacun d’entre eux et ces prélats ne comprennent pas pourquoi une coalition d’Etats occidentaux a pu s’allier avec la Turquie, le Qatar, l’Arabie Saoudite et autres Emirats, pour attaquer le peuple syrien et ses dirigeants, en opérant des destructions massives dans les villes et les campagnes, anéantissant le tissu industriel, les voies de communications et tuant des civils par dizaines de milliers. Pour eux aussi la demande est limpide : que nous ayons la possibilité de répercuter et transmettre par tous les moyens en Europe -et en France en particulier- la réalité du terrain et contrarier la propagande et les mensonges des médias aux ordres du mondialisme.

Quels sont les soutiens de Bachar al-Assad ?

Le 14 novembre, des obus de mortier tirés par les rebelles sont encore tombés au centre d’Alep, rue de Nil. Près de Hama, nous avons pu voir le 27 octobre un convoi de l’armée russe qui montait vers le front d’Idlib, région où le gouvernement prépare une vaste offensive pour éradiquer l’ensemble des katibas de terroristes regroupées depuis des mois dans cette zone. Ensuite, il faudra libérer toute la partie nord de la Syrie (de Aazaz jusqu’à Al Hasakeh et Al Malkiyeh) ainsi que la vallée de l’Euphrate de Raqqa à Mari, car 30% du territoire est toujours occupé par les djihadistes et les mercenaires étrangers, soutenus par la « coalition » et les américains dont les sept bases ont été implantées hors de tout mandat de l’ONU et sans l’accord du gouvernement légal de Syrie.

armee arabe syrienne

En plus de l’Armée Arabe Syrienne, des Forces Spéciales, de la Garde Républicaine et des Forces du Tigres, Bachar El-Assad peut compter sur l’appui des milices pro-gouvernementales qui se sont constituées depuis le début du conflit en 2011et dont le nombre s’élève à environ 200.000 membres, selon des sources au sein de l’armée. Les plus importantes sont les Forces de Défense Nationale, forte de plus de 90.000 hommes, dans tout le pays, et dont la section de Mhardeh nous a invité dans ses locaux pour un débat très instructif quant au déroulement de la guerre civile qui se déroule dans leur ville depuis 7 ans !

On distingue ensuite les milices politiques : « Kataeb al-Baath » -les Phalanges du Baath- parti au pouvoir. Cette milice de 10.000 hommes est très présente à Alep et aussi à Damas.

« Suqur al-Sahraa » -les Faucons du Désert- forte de 7.000 hommes, entrainés et armés par des cadres iraniens, se sont des spécialistes des embuscades et se battent contre Daesh dans le désert à l’est de Homs.

« Nussur al-Zaoubaa » -les Aigles de la Tempête- comprend 6.000 combattants issus du Parti Social Nationaliste Syrien.

« Jaysh al-Wfaa – l’Armée de la Loyauté- enrôle quelques centaines d’anciens rebelles en provenance de la Ghouta.

Les milices étrangères : « les Pasdarans » -Gardiens de la Révolution iranienne- seraient au moins 12.000 et surtout déployés dans la province d’Alep, sur le front d’Idlib, pour de courtes périodes avec des rotations rapides.

« Le Hezbollah » aurait envoyé plus de 10.000 combattants sur tous les fronts principaux et qui viennent en appui sérieux notamment dans la région du Qalamoun.

« Abu al-Fadl al-Abbas » compte 3.000 volontaires irakiens qui protègent les sites sacrés chiites de Sayyida Zaynab au sud de Damas.

« Les Fatimides Afghans » eux se battent dans le sud de la Syrie avec environ 3.000 hommes.

Il existerait aussi au sein de petites unités, des volontaires européens, russes, asiatiques et d’Amérique du sud, dont le nombre ne dépasserait pas le millier.

Les milices tribales : « Al-Maghawir » -les Commandos- fondée par l’Iran, c’est une force d’un millier de membres des tribus de Badiya.

« Ussud al-Charqiya » -les Lions de l’Orient » – issus de la tribu Chaitat dont Daesh avait tué plus de 900 membres en 2014, ce millier de miliciens combat dans la province de Deir ez-Zor.

Les milices confessionnelles : « Dareh al-Sahel » -le Bouclier du Littoral- environ 2.000 hommes issus de la communauté alaouite se battent dans la province de Lattaquié.

« Dareh al-Areen » -le Bouclier de la Tanière du Lion- (Assad = lion en arabe) comporte quelques centaines de combattants originaires de Qardaha, village des ancêtres de Bachar al-Assad.

« Al Hosn » -le Fort- organisation de sécurité, composée de 6.000 hommes, et commandée par Rami Makhlouf, cousin du Président, se bat à Damas et à Lattaquié.

« Dareh al-Watan » -le Bouclier de la Nation- cette milice druze compte 3.000 hommes depuis 2015.

« Sotoro » est une milice chrétienne d’environ 1.000 combattants dans la province d’al-Hasakeh.

« Résistance Syrienne », à Lattaquié ce groupe opère avec quelques centaines de volontaires.

Un parti authentiquement fasciste du nationalisme arabe

C’est dans une ambiance conviviale et chaleureuse que notre groupe a été invité dans les locaux du Parti Social Nationaliste Syrien de la ville de Mardeh, dans la soirée du 26 octobre. Le PSNS, fondé à Beyrouth en 1932 par Anton Saadé compte 7 élus au parlement syrien et 2 autres au parlement libanais. La présentation du parti, son historique et son programme nous sont expliqués par le porte-parole idéologique et les actions récentes et les relations politiques avec le gouvernement ont été relatées par le chef militaire de la milice des « Aigles de la Tempête ». Leur emblème est un carré à fond noir avec un cercle blanc dans lequel s’inscrit un logo rouge à 4 pointes évoquant une tornade. Le PSNS milite pour un retour à la Grande Syrie, englobant le Liban, l’Irak, la Jordanie, la Palestine, Chypre, ainsi qu’une partie du Sinaï. Adversaire doctrinal du Baath, au pouvoir, le PSNS de son côté défend le principe d’un Etat séculier laïc, social et multiconfessionnel, à tel point que depuis de longues années il fut un allié du Hezbollah au Liban, pays où il a une très forte influence et fut accusé directement de l’assassinat de Béchir Gemayel. Actuellement les rapports avec le gouvernement syrien sont cordiaux et solidaires dans la lutte pour la reconquête totale du territoire, sans remise en cause du rôle de Bachar al-Assad.

Pour informations complémentaires il est recommandé de lire l’étude historique sur le PSNS : Sur les frontières : le Parti syrien national social entre idéologie unitaire et Etats-Nations

Des discussions libres qui ont suivies le débat, les responsables nationalistes syriens nous ont fait comprendre qu’ils n’accepteraient jamais un plan de partition comme en ex-Yougoslavie, avec un processus ethnique et confessionnel, ni même une partition du pays à la manière de Chypre, où rien n’est réglé depuis 1974. De plus, dans le nord et l’est de la Syrie, ce sont les kurdes du PYD et de YPG qui ont fait le gros du travail pour éliminer les islamistes, avec une promesse sous-entendue d’un « Etat Kurde ». Pour le PSNS, si accord il devrait y avoir avec les Kurdes, ce serait à envisager sous forme d’autonomie accordée par le gouvernement légal actuel.

En résumé des échanges que nous avons pu développer avec nos interlocuteurs de différents horizons, à travers le pays, il apparait très clairement que la Syrie ne sera pas une Lybie ruinée ou un Irak dévasté, à cause d’utopies anglo-françaises ou d’impérialisme yankee.

Pieter KERSTENS

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