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La charia


3 - QUATRE ÉCOLES DE JURISPRUDENCE


Introduction

L’islam contemporain connait une summa divisio entre les doctrines sunnites et chiites, eux même divisés en une pléiade de courants religieux :

  • Les sunnites qui composent 88 % des musulmans dans le monde se réfèrent, en plus du Coran, à la sunna (les hadits) : la tradition du Prophète Mohamed, ses faits et dires.

  • Les chiites ne reconnaissent pas la sunna, invoquant le fait que les propos rapportés ne sont pas exacts.

LA CHARIA EST À DES LIEUES DE L'ESPRIT DE LA DÉMOCRATIE OÙ L'ÊTRE HUMAIN A TOUTE SA PLACE


3.1 - Plusieurs rites dont quatre écoles juridiques

De façon générale, les écoles sont des courants de pensée gravitant autour de la personnalité d’un fondateur et façonnées par sa réflexion. Cependant, il serait erroné de voir les écoles de pensée comme des enceintes fermées. En effet, les écoles sunnites se reconnaissent mutuellement comme valides. Les disciples des uns étant les maitres des autres, elles reconnaissent les mêmes sources du droit sans toutefois leur accorder la même importance. Malgré leurs divergences juridiques et philosophiques, "elles forment un ensemble doctrinal cohérent mais non homogène".

Aujourd’hui, le sunnisme se divise en quatre mouvements orthodoxes et en quelques autres mouvements hétérodoxes, certains sont rationalistes d’autres traditionalistes. L’islam sunnite reconnait historiquement plusieurs rites dont quatre écoles juridiques subsistent aujourd’hui :

  • le hanafisme ;
  • le malikisme ;
  • le chaféisme ;
  • le hanbalisme.

Les quatre écoles ont fait l’objet d’un consensus de tous les savants sunnites depuis 14 siècles, et ils considéraient le fait de suivre l’une de ces écoles pour un musulman comme une obligation, sous peine de s’égarer. Au-delà de la simple idéologie, cette conception façonne la hiérarchie des normes juridiques et la substance des sources du droit. 

3.2 - Jurisprudence islamique

Le fiqh (dérive du verbe signifiant comprendre) est l'interprétation temporelle des règles de la charia.

Il est quelquefois traduit par jurisprudence islamique, par référence aux avis juridiques pris par les juristes de l'islam. Il s'agit d'une compréhension du message de l'islam sur le plan juridique, bien qu'il ne s'y limite pas. 

Le savant en matière de fiqh, se nomme faqîh (arabe : faqīh, فقيه)

Les fiqhs, ensembles codifiés de règles furent pour la plupart figées à la fin du ve siècle de l'Hégire (xe siècle).

Ils diffèrent des siyasa, ou siyasa sharia, qui désignent l'implémentation du droit musulman par les États, par voie administrative, ou encore les régulations administratives portant sur des domaines non régulés par le droit musulman (considérés comme neutres à cet égard par les "docteurs de la loi", et légitimées par le bien commun, ou maslaha).

Ainsi, des kanuns ("codes") étaient promulgués par le calife dans l'Empire ottoman, et les juristes ottomans considéraient que leur légitimité dérivait de la volonté du sultan (et non de Dieu).

La Grande Mosquée de Kairouan en Tunisie (également appelée mosquée Oqba Ibn Nafi),
berceau de l'islam sunnite en Afrique du Nord,
a constitué entre le iXe et le Xie siècle l'un des plus grands centres d'enseignement de la jurisprudence islamique, en particulier celle malékite.

3.3 - Quattre principales écoles

Il existe plusieurs écoles ou madhhab (voie) de fiqh, tant dans la branche du sunnisme que dans celle du chiisme. Ces écoles prennent généralement le nom du juriste qui les a fondées. Le concept de taqlid, c’est-à-dire "suivre sans en connaître les principes directeurs" ou "imitation aveugle" selon d'autres, étant bien souvent apparue après leur existence.

Les quatre principales écoles du sunnisme aujourd'hui, sont :

  1. le hanafisme;
  2. le hanbalisme;
  3. le malékismen;
  4. le chaféisme.

Ces quatre écoles partagent la plupart de leurs lois, mais diffèrent sur les hadiths qu'elles acceptent comme authentiques et sur le poids relatif attribué aux analogies (qiyas) utilisées pour décider des cas difficiles. Ces écoles diffèrent également quant aux sources de leur droit.

3.3.1 - L’école Hanafite

Le hanafisme ou hanéfisme est la plus ancienne des quatre écoles sunnites (madhhab) de droit musulman et de jurisprudence (fiqh), fondée sur l'enseignement du théologien et législateur Abû Hanîfa Al-Nu'man Ibn Thabit (699-767), qui vécut à Koufa en Irak.

Ce qui fait la particularité de cette école c’est l’utilisation pertinente du raisonnement analogique (Al Qiyas) pour traiter des problèmes juridiques nouveaux.

L’école est répandue aujourd’hui en Turquie (et plus généralement dans les anciens territoires de l’empire Ottoman), Afghanistan, Syrie, dans le sous continent indien (Pakistan, Inde, Bangladesh), en Russie et en Chine.

3.3.2 - L’école Hanbalite

Le hanbalisme est un rite ultra-orthodoxe, fondé par l'imam Hanbal (780-855), élève de Chafii.qui a accouché au XVIII siècle d'une secte : le wahabisme. La particularité de cette école est de rejeter le raisonnement et l’opinion personnelle et de quasiment toujours baser sa réflexion sur un texte. Leur première action a été de raser les tombes du Prophète et de sa petite fille Zohra, les jugeant non conforme à l'idée qu'ils se faisaient de la religion.

Elle prend donc également le sens des textes dans leur sens apparent sauf cas rare.  Elle rejette toute idée d'innovation (bida'), et réduit la part du raisonnement par analogie et de l'opinion personnelle aux cas jamais abordés, leur préférant l'emploi de Haddiths même jugés peu fiables.

Cette école a presque disparu aujourd’hui suite à son remplacement par le Wahhabime/Salafisme qui se réclamant pourtant de cette école, a établi une nouvelle doctrine en Islam qui n’est reconnue par aucune des quatre écoles.

On la retrouve principalement en Arabie Saoudite et dans la péninsule arabique.

3.3.3 - L’école Malikite

Le malékisme est un rite orthodoxefut fondé par l'imam Malik Ibn Anas (715-795). Cette école est née à Medine la ville du Prophète (saw), de l’enseignement des descendants des compagnons de Medine. L’Imam Malik est le "grand savant de Medine" annoncé par le Prophète

Elle a laissé prospérer l'Islam des Saints (Marabouts), il y eu même syncrétisme avec le judaïsme maghrébin. Des saints des deux religions donnaient lieu à des processions communes. Derrière le simple rite se cache un outil de propagande et, surtout, une arme pour édifier l’union politique.

Ce qui fait la particularité de cette école c’est l’utilisation de "Amal Ahlal Madina" (la tradition des gens de Medine), en effet Medine étant habitée à son époque par les descendants des compagnons la Sunna est donc préservée par la tradition des Medinois.

L’école est aujourd’hui répandue surtout au Maghreb (Maroc, Algérie Tunisie) au Émirats, Koweit et au Soudan. 

3.3.4 - L’école Shafi’ite

Le chaféisme fut fondé par l'imam Muhammad Ibn Idris Ash-Shafi’i (767-820) et ses disciples qui enseigna d’abord en Irak puis en Égypte. L’école se positionne entre les deux écoles : L’école Hanafite (dite l’école de l’opinion) et l’école Malikite (l’école du hadith ou de la tradition). 

Les "Oulémas" (les docteurs de la religion), s'appliquent de savoir quelles choses sont halal (licite) ou haram (interdit.)

Elle est présente dans le Golfe arabo–persique (il y a une minorité sunnite en Iran), en Égypte, Arabie du Sud hors Arabie saoudite, Erythrée, Somalie, Indonésie, Malaisie, Philippines, Vietnam et Thaïlande.